jeudi, février 27 2014

La vision du lion

Lion de Leszek Leszczynsli, CC BY-SA 2.0Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion de passer un week-end avec un dresseur de lion[1]. Quand j'interviens pour un accompagnement sur un nouveau projet, je repense presque systématiquement à ce qu'il m'avait alors expliqué sur la façon dont les lions voient le monde.

Le lion est un animal qui sait reconnaître les gens et les différencier, tout à fait capable de s'attacher à eux et comprendre qu'ils ne rentrent tous pas dans la catégorie nourriture potentielle même s'ils y ressemblent. Si on s'arrête là, on se dit que c'est plutôt cool pour les dresseurs, et que cette info n'a aucun intérêt[2] par rapport aux thèmes généralement abordés dans ce blog.

Plutôt cool pour les dresseurs donc. Mais, et c'est la que les choses deviennent intéressantes, la vision du lion est un peu particulière. En fait, son champ de vision se rétrécit au fur et à mesure qu'il porte son attention sur quelque chose, ou quelqu'un[3]. Ou un bout de quelque chose, ou de quelqu'un. Autrement dit, quand un lion regarde un truc, très vite, ce truc emplit entièrement son champ de vision. Et non seulement il ne voit physiquement plus ce qu'il y a autour de ce truc, mais il perd même conscience de l'existence de cet autour.

Quand le truc en question est l'arrière train ou la jugulaire d'une gazelle, on saisit très vite l'intérêt de la chose et on peut se dire que la nature est plutôt bien faite. Quand le truc en question c'est l'arrière train ou la jugulaire du dresseur, tout de suite, ça devient problématique. Parce que si le lion porte son attention sur votre cuisse un peu trop longtemps[4], il va rapidement oublier qu'elle est, via votre torse, rattachée à cette tête qu'il aime bien et qui ne rentre pas dans son alimentation. Et une cuisse, quand elle ne fait plus partie d'une personne qu'il ne faut pas manger, pour un lion, c'est assez appétissant[5].

Suffisamment pour qu'il ait envie d'y goûter. Alors que cela ne lui viendrait même pas à l'esprit s'il voyait l'image dans son intégralité[6].

D'ailleurs, si les dresseurs[7] font souvent des mouvements amples, ce n'est pas pour paraître plus impressionnant vis à vis de l'animal[8], mais pour l'empêcher de porter son attention sur un point précis, l'obliger à élargir son champ de vision et éviter qu'il ne perde l'ensemble de la compréhension de son environnement.

Si je vous raconte ça, c'est parce que souvent, quand j'arrive sur un projet, je rencontre beaucoup de lions en train de mâchouiller un bout de cuisse sans se poser la question de son propriétaire. Ou plutôt des gens qui ont l'esprit tellement occupé par des détails qu'ils n'arrivent plus à voir l'image dans son entièreté. Qui ne peuvent pas se rendre compte que ce qu'ils cherchent à résoudre à tout prix n'est pas un problème, mais le symptôme d'un problème souvent juste à côté mais passé en dehors de leur champ de vision. Des gens qui cherchent l'optimisation locale sans être en mesure de voir l'impact sur l'image globale. Je pourrais continuer la liste d'exemple, mais je suis persuadé que vous avec compris le point.

Au final, dès que l'on reste un peu longtemps sur un projet, c'est susceptible de nous arriver. Perdre de vue le dessin globale sans en avoir conscience, en oubliant jusqu'à son existence, et donc incapable de s'en sortir sans un coup de pouce externe qui nous force agrandir notre champ de vision. Et ça nous arrive à tous. Que l'on soit manager, développeur, marketeux, commercial, ... la seule différence, c'est la nature du morceau de viande.

Ça m'arrive à moi aussi. C'est pour ça que je refuse les missions d'accompagnement à plein temps ou exclusives[9] qui dureraient trop longtemps, justement parce que ça fait parti de mon boulot de vous aider à retrouver ce recul.

Il n'empêche que j'ai un vrai avantage sur les dresseurs : quand je n'arrive pas à ce que mes lions gardent ou retrouvent leur vision globale, je ne me fais pas déchiqueter[10] :)

-- Illustration : Lion de Leszek Leszczynski CC BY-SA 2.0

Notes

[1] en fait, je crois qu'il avait un autre mot que dresseur : préparateur, entraîneur peut-être, je ne me souviens plus.

[2] sinon que de me la péter en disant que j'ai rencontré un dresseur de lion, et de vous faire vous demander dans quelles circonstances cela a bien pu arriver :)

[3] du moins c'est ce qu'il m'a dit à cette époque, et je le crois même si je n'ai pas réussi à trouver de sources pour le confirmer (mais j'ai pas cherché très fort, cette histoire me plait bien comme ça :)

[4] ça se joue en quelques secondes

[5] j'imagine. Je ne suis pas un lion et je n'ai pas goûté :)

[6] et votre tête qu'il aime bien

[7] de lion, je ne sais pas pour les autres animaux

[8] comme je le pensais naïvement alors.

[9] qui m'empêcherait d'avoir d'autres activités en parallèle me permettant de prendre du recul sur le reste

[10] même si je ne m'en sors pas toujours complètement indemne.

vendredi, janvier 17 2014

Les 100 meilleurs développeurs préférés des français

Ce matin, je tombe sur l'article La french Touch du code de Tariq Krim. Malgré une légère tendance à l'idéalisation du modèle américain[1], ça part plutôt bien. On parle de la valorisation du métier de développeurs, de leur implication nécessaire dans la réussite des projets. Ce sont des sujets qui  […]

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lundi, octobre 21 2013

Le test unitaire et les méthodes privées

Private property. So what ? d'Alexandre Dulaunoy

Une question qui revient souvent lorsque j'anime un coding dojo ou durant ma session sur les tests unitaires : Faut-il tester les méthodes privées ? Réponse courte et définitive[1]: Non. l'aspect pratique : c'est un peu crade Et oui, déjà, l'aspect pratique de la chose arrête. Par définition, une  […]

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jeudi, octobre 3 2013

J'ai pas le temps

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désolé, j'ai pas eu le temps. j'aimerais bien, mais je vais pas avoir le temps là. On n'a pas le temps / J'ai pas eu le temps : combien de fois j'ai entendu ces petites phrases. Combien de fois je les ai dites... cette superbe excuse pour ne pas avoir à dire, ni à se dire, qu'en fait, on a fait  […]

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lundi, septembre 23 2013

Software Craftsmanship à l'Agile Tour

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Octobre-novembre, c'est la période des Agiles Tour et d'Agile Grenoble. L'an dernier, en 2012 donc, toutes les sessions que j'avais proposé ont été acceptées. 9 sessions[1] en 5 dates[2]. Heureusement que pour toutes ces sessions j'avais des binômes de chocs : Fabrice Aimetti, Pablo Pernot, Phillipe  […]

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mardi, septembre 17 2013

Formations TDD/Clean Code

Jusque là, je ne me suis pas lancé dans la formation "inter-entreprise" autour des sujets Clean Code/TDD essentiellement parce que j'ai vu des petits camarades très compétents ne pas réussir à attirer suffisamment de personnes[1] pour que ça le fasse. Et pourtant, au détour des meetup du  […]

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jeudi, mai 2 2013

La dictature des chiffres

Cluj, panneau

Entendu sur des projets : -- dev 1 : rahh, le taux de couverture est en dessous du seuil. -- dev 2 : ok, je vais voir où je peux rajouter des tests pour le faire remonter. -- dev 1 : t'embarques pas trop dans ce bout de code, il est tordu. Tiens, t'as qu'à couvrir les getter/setter, ça devrait  […]

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lundi, janvier 14 2013

Procrastination -- John Perry

perry_-_procrastination.jpg4e de couverture :

Le philosophe américain John Perry est professeur émérite à l'université de Stanford en Californie. Étant de son propre aveu un procrastinateur invétéré, il a créé le concept révolutionnaire de « procrastination structurée ».

Traduit dans une vingtaine de langues, cet ouvrage lui vaut aujourd'hui une reconnaissance internationale.

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